Eau douce – Akwaeke Emezi

Cosmologie igbo

Au Nigéria, dans la cosmologie igbo, lorsqu’un enfant est dans le ventre de sa mère, il est façonné par des esprits qui déterminent son destin.

La tradition veut qu’ils disparaissent après la naissance de l’enfant. Ces esprits sont des ogbanje.

Résumé du livre

« Eau douce » intitulée « freshwater » en anglais est un des romans d’Akwaeke Emezi qui explore les expériences d’une jeune femme nommée Ada, hantée par des esprits multiples résultant de l’interférence d’ogbanje dans sa vie.

A la naissance de la petite Ada, les portes entre le monde des humains et celui des esprits se sont temporairement ouvertes, le temps pour ces derniers de s’immiscer dans le corps de la fillette et de s’y trouver bloqués.

Bébé étrange qui ne marche pas, mais « rampe comme un serpent » et hurle très fort, toute l’enfance de Ada est enveloppée dans un voile de mystère et de comportements inhabituels.

Dans Freshwater, Ada est décrite elle-même comme un ogbanje. Cela signifie qu’elle est un esprit lié à des réincarnations multiples. Ce lien particulier avec le surnaturel se traduit par la cohabitation en elle de plusieurs esprits, (qu’elle a d’abord nommés ombre et fumée), ce qui impacte sa vie et son identité de manière complexe. Les différents esprits en elle représentent cette connexion avec le monde spirituel et les forces au-delà de notre réalité physique.

Au fil du temps, Ada sera confrontée à un ensemble de voix intérieures en conflit, chacune luttant pour dominer et diriger sa vie. Cette bataille interne fragmentera son identité en une multitude de personnalités distinctes, laissant Ada déchirée entre ces différentes voix qui influencent sa façon d’être et de percevoir le monde qui l’entoure.

Lorsque Ada quitte le Nigeria pour étudier aux États-Unis, un événement terriblement traumatisant engendre l’émergence d’un nouvel esprit en elle, bien plus puissant et redoutable, nommé « asughara ».

Ce nouveau « moi » prend le contrôle, s’alimentant de ses désirs, de sa colère et de sa rancœur, prenant possession d’elle et influençant sa façon d’être de manière très intense et souvent néfaste.

Dans le livre Ada n’a que très peu la parole. Elle n’est pas la narratrice de sa propre histoire. Eau douce a donc ceci de particulier qu’il raconte la vie d’Ada mais ce sont les esprits les narrateurs. Ce sont eux qui régissent la vie d’Ada la plupart du temps. Soit en tant qu’entités plurielles mais unifiées : Nous. Soit l’une d’entre eux prend la parole.

« Toutes les eaux douces sortent de ma bouche » (P.292)- ce sont les derniers mots de l’auteur dans le livre qui font écho au titre. Cette référence évoque les prêtresses de l’eau de l’ethnie oru-igbo, où la déesse de l’eau est considérée comme essentielle pour les passages dans la vie, symbolisant le cycle éternel du temps. Cette allusion rappelle la présence omniprésente d’Ala, la déesse de la terre, à partir de laquelle Ada a été conçue, résultant de la prière de son père pour avoir une fille.

Question

Pensez-vous que l’expérience d’Ada avec les esprits peut-elle être interprétée comme une métaphore pour des problèmes de santé mentale ou des identités multiples ?

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