Les impatientes – Djaili Amadou Amal

Le livre et l’auteure

Les impatientes est un roman de Djaïli Amadou Amal, une femme de lettre camerounaise. Publié à l’origine sous le titre Munyal, les larmes de la patience, le livre reçoit en 2020 le Prix Goncourt des Lycéens en France et au Cameroun l’auteure a reçu un hommage national en 2019.

Le livre est inspiré de la propre vie de l’auteure car elle fut elle-même mariée de force à l’âge de 17 ans mais elle réussit quand même à s’enfuir 5 ans après pour malheureusement se remarier à un homme polygame et violent.

Son roman est inscrit au programme scolaire officiel camerounais en 2021.

Pourquoi le titre Les impatientes?

Le mot Munyal désigne la patience, cette valeur primordiale dans la société peule et musulmane dans laquelle vivent les 3 personnages principaux. Le titre reflète l’idée que les femmes, malgré le système patriarcal qui les oppresse, ne veulent pas se soumettre et restent des femmes qui cherchent à se libérer des traditions.

Résumé du livre

Le roman de Djaïli Amadou Amal, évoque la polygamie, les violences conjugales et le mariage forcé dans le Cameroun, à travers trois portraits de femmes.

Le premier portrait est celui de Ramla, une jeune fille de 17 ans qui souhaite devenir pharmacienne. Elle doit arrêter ses études et renoncer à l’homme qu’elle aime pour épouser Alhadji Issa, un homme très riche , à qui son oncle l’a offerte.

Le deuxième c’est celui de Hindou, la demi-sœur de Ramla, elle est mariée elle aussi de force à Moubarak, son cousin. C’est un homme violent, alcoolique et drogué. Il la viole et la bat régulièrement et l’humilie avec ses maitresses. Elle n’a pas le soutien de sa famille qui lui demande d’avoir de la patience « munyal».

Le dernier c’est celui de Safira, la coépouse de Ramla. Étant habituée à la monogamie pendant plus de 20 ans, elle n’a pas supporté que son mari épouse une 2e femme sans son consentement. Safira mène la vie dure à Ramla en lui jetant des sorts par maraboutage, en volant de l’argent et même en sabotant sa nourriture dans le but que Alhadji la répudie. Ramla finit par s’enfuir. Ce qui n’a pas empêché Alhadji à chercher une nouvelle épouse.

Thèmes abordés

Le mariage forcé :

Les femmes ne choisissent pas leurs époux. C’est à leur père que revient cette tâche. Dans le roman, le père de Ramla et Hindou choisit des époux pour ses filles en fonction de ses intérêts (richesse, notoriété, etc.) et ce, sans demander l’avis de ses filles.

En effet, les filles sont considérées comme trop jeunes et inexpérimentées pour pouvoir faire un bon choix.

La coutume interdit aux filles d’éconduire un prétendant” (p.40)

La place des femmes:

Tout au début du roman, la narratrice Ramla nous explique une liste de recommandations qu’on donne à une jeune femme avant le mariage.

« Soyez soumises à votre époux » ;

« Ne boudez pas »

« Soyez pour lui une esclave, et il vous sera captif » ;

« Préservez son appétit », etc. (P.18)

Les femmes passent de l’autorité de leur père à celle de leur époux. Quoi qu’il en soit, elles dépendent toujours d’un homme. Elles n’ont aucun libre arbitre et doivent tout accepter sans jamais laisser transparaître leurs sentiments.

Les violences conjugales:

Dans ce roman on constate que c’est presque toujours la femme qui est rendue responsable des méconduites de son mari. Moubarak viole Hindou lors de leur nuit de noces. Le lendemain on reproche à Hindou d’avoir hurlé trop fort. Personne ne fait de reproche à Moubarak : “Il avait certes été un peu brutal mais c’était un jeune homme en bonne santé et viril.” (P.107)

« Moubarak m’a violemment battue ce soir-là. J’ai eu tellement peur mais je savais que si je rentrais ici, vous me ramèneriez aussitôt, justifiai-je.

-Bien sûr qu’on allait te renvoyer, fit sévèrement Goggo Nenné. Tu n’es ni la première ni la dernière qu’un homme frappe (…) » (P.160)

L’éducation:

Dans le roman on remarque que l’éducation des filles n’est pas très importante. À quoi pourrait bien leur servir une éducation alors que leur époux est tenu de subvenir à leurs besoins ?

Cependant, Ramla a eu la chance d’être instruite même si son père n’a pas accepté qu’elle continue ses études jusqu’à l’université comme elle le souhaitait. A la fin du livre, l’éducation est montrée comme un moyen d’émancipation. L’éducation a été pour elle un moteur pour lutter contre son oppression car vu qu’elle savait lire et écrire, elle a suivi des cours par correspondance et grâce à ça elle a pu s’enfuir.

Question

  • Que pensez-vous de la polygamie ?
  • Pensez-vous que l’infidélité ou la tromperie est une forme de polygamie des temps moderne?
  • Partant du principe que la polygamie est une bonne chose, d’où proviennent ces dérives : de la culture traditionnelle africaine ou de la religion ?

Profondément marquant, ce roman raconte trois destins de femmes au cœur du cameroun, liées par les mariages forcés, les violences et la soumission. Une lecture indispensable, qui dénonce autant qu’elle éduque à ce que vivent de nombreuses filles et femmes à travers le monde.

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